L’ÉCOLE FRANCAISE D’ÉQUITATION par Dominique OLLIVIER

L’École française d’équitation est cette École unique au monde qui a brillé sur l’Europe entière pendant trois siècles et dont les représentants les plus illustres sont la Guérinière et Baucher.

A la fin du XXe siècle, Diogo de Bragance réalise que l’élite de son pays s’approprie une équitation sans toutefois savoir que son système de valeurs vient de France. Il entreprend alors d’écrire un livre en l’honneur de l’idée qu’il se fait de l’ÉQUITATION de TRADITION FRANÇAISE. Le livre est traduit du portugais en français par son ami René Bacharach. En 1976, les éditions Odège rééditent le livre au titre éponyme L’ÉQUITATION de TRADITION FRANÇAISE déjà publié en 1975 par Le Livre de Paris éditeur. L’ouvrage est un éloge à L’ÉQUITATION de TRADITION FRANÇAISE et à sa glorieuse tradition. Diogo de Bragance la subdivise en deux courants que l’histoire se charge de distinguer clairement : l’Ancienne École à laquelle succède le Système de Baucher.Au lieu de trouver un lien quelconque à l’origine de cette succession, on découvre une rupture. Elle a l’immense mérite de résoudre le problème auquel se heurte l’Ancienne équitation, impuissante à assouplir les chevaux de pur sang anglais qu’elle est réduite à utiliser à la chasse ou à la course.

En se réservant les sujets les plus exceptionnels de l’espèce, d’origine péninsulaire de préférence, les écuyers de l’Ancienne équitation se rendent le plus mauvais service. Car, en s’affranchissant des problèmes que pose un cheval à la configuration moins avantageuse, ils bornent leur compétence à régler les détails laissés par la nature qui a déjà fait la moitié du chemin. Toute proportion gardée, et sans diminuer le mérite des écuyers de l’Ancienne équitation, on est dans le schéma de celui qui se contente de faire le beau dans une Ferrari en s’appropriant le mérite de ceux qui, avant lui, ont résolu tous les problèmes de construction pour son plaisir et son confort.

Les chevaux de pur sang anglais ont été le révélateur suprême que la conduite du cheval et son ergonomie, dont découle la légèreté, dépendent étroitement de son équilibre et de ses propriétés de construction, lesquelles vont bien au-delà de la science d’emboucher le cheval pour le mettre sur les hanches, deux objectifs aussi inutiles que nuisibles pour avoir estropié quantité de chevaux.Un homme a tiré la leçon des problèmes auxquels se heurte l’Ancienne équitation. Il remet tout à plat, repart d’une feuille blanche et construit un système à partir d’une expérimentation qu’il remet systématiquement en question. Cet homme s’appelle Baucher. Pour Baucher, le secret de l’équitation bien comprise repose sur l’Équilibre, non pas l’équilibre natif des chevaux péninsulaires, mais l’équilibre tel que la science le conçoit et assujettit tout être vivant sur cette terre. Au lieu de faire une généralité d’un cas particulier comme l’a fait l’Ancienne équitation, Baucher rationalise l’équitation et découvre la règle fondamentale :

  • qui lui permet de mettre les pur sang anglais en haute école ce que l’Ancienne équitation est incapable de faire
  • qui confère à son système une stabilité que n’offre aucun autre système
  • et qui lui donne une telle avance que Baucher est encore aujourd’hui à l’apogée de l’École française.

Depuis 1833, L’ÉQUITATION de TRADITION FRANÇAISE est le Bauchérisme qui n’a rien à voir avec l’équitation militaire, laquelle a sa propre tradition. Parce que son équitation est artistique et supérieure à toutes les autres, Baucher fera l’objet d’une discrimination farouche et toujours vivace aujourd’hui. Le paradoxe éclate au grand jour quand on réalise que ni le général L’Hotte dans les Questions équestres ni le général Decarpentry dans Équitation académique n’ont prononcé une seule fois le mot équilibre dans des livres censés servir de référence en matière d’équitation. Un comble, un cauchemar pour les STAPS. Aujourd’hui, on pratique l’équitation scotomisée dans le déni de l’équilibre !

Qu’est-ce qui caractérise l’École française ?

La caractéristique essentielle de l’École française est l’Équilibre horizontal de ses chevaux dont le rassembler confère une mobilité que les autres n’ont pas. Son rassembler est facilité par un ramener complet obtenu au préalable. Ce que l’École française entend par ramener complet est la verticalité de la tête grâce à un assouplissement complet de la petite encolure greffée sur une grande encolure complètement relevée. Dans cette posture, le cheval se soutient tout seul, son mors est à l’état de repos et sa conduite en régime permanent se réduit au seul poids des rênes dans la descente des aides en dehors des régimes transitoires. Seul, l’équilibre de l’ensemble a la propriété de légèreté. Elle est aussitôt détruite dès que l’équilibre du cheval n’est plus ergonomique.

Les règles du sport ne sont donc pas les règles de l’Art exposées dans la Doctrine de l’École française d’équitation (Histoire de l’École française d’équitation – tome 3). C’est pourquoi, aussi exigeant que difficile à réaliser, le système de valeurs de l’École française ne recueille que peu d’adeptes. Et, malgré la propagande des Pouvoirs publics, il n’existe en France AUCUNE Institution assurant la défense et la promotion de ce que Diogo de Bragance appelle l’ÉQUITATION de TRADITION FRANÇAISE et qui n’est autre que le Bauchérisme, point culminant de l’École française d’équitation.Depuis le XVIIIe siècle, les militaires français rêvent d’uniformiser l’équitation. Les allemands l’ont fait autour de leurs produits avec une politique commerciale aussi agressive qu’efficace. Le dressage sportif réussit le prodige d’uniformiser l’équitation au point qu’un français monte comme un anglais qui monte comme un norvégien qui monte comme un espagnol qui monte comme un allemand et ainsi de suite. Quand on en voit un, on a vu les autres et, par dessus le marché, tout le monde imite le champion, une équitation fétichiste, sédative et parfaitement insipide. La pensée unique n’a jamais créé la moindre œuvre d’art. L’uniformisation, la standardisation, sont contraires à toutes les valeurs de l’art et la soi-disant conformité du sport avec l’École française reste à démontrer. L’École française a son propre système de valeurs et elle entend le défendre à la fois contre ceux qui seraient tentés de porter atteinte à l’exception culturelle française et ceux qui seraient tentés de limiter l’équitation à un niveau inférieur en écartant les cavaliers du Bauchérisme, une odieuse discrimination.

A la fin de son livre, Diogo de Bragance n’oublie pas de dire tout le mal qu’il pense de ce que l’équitation sportive appelle abusivement le Dressage au singulier avec une majuscule, une rhétorique d’idéologie totalitaire qui laisse à penser que l’art doive céder la place au sport et à l’École germanique, une énormité, un abus de position dominante perpétré par la Fédération équestre internationale et toutes les Institutions qui sacrifient l’art au sport et qui ridiculisent la légèreté en exhibant des chevaux sur les épaules, les rênes tendues et le mors au taquet, une imposture qu’il est grand temps de mettre en lumière par respect pour tous les cavaliers qui voudraient prendre connaissance de l’École française et s’approprier son système de valeurs sans se faire abuser par les contrefaçons de tout poil dont le seul but est de flatter l’ego des charlatans, de leur remplir les poches au passage et de dévoyer les valeurs de l’École française d’équitation au lieu de les répandre.

Il n’appartient qu’à nous de la faire revivre !

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