Equitation française et doctrine française

Petit rappel au sujet de l’équitation de tradition:

Définition de Tradition:
Transmission orale ou écrite d’une doctrine.
Tout ce qu’on sait par une transmission d’âge en âge, respectueux de la tradition.

Définition de Doctrine:
Ensemble des opinions d’une école (ici en l’occurrence équestre)

Questions:

L’école équestre française eut elle toujours, au cours de son histoires, les mêmes opinions?

Enseigna t-elle toujours la même doctrine?

Et aujourd’hui qu’en reste t-il?

Qui sont ses représentants et disciples?

L’équitation de nos jours

Jean Saint-Fort-Paillard:
« Il est question de repenser l’équitation, pas de la réinventer. »
« Nous sommes supposés sortis des temps de l’obscurantisme, de l’empirisme,de la cruauté? Mais le sommes nous vraiment? »

Dominique Olivier:
« L’instrumentation en bio-mécanique permet de vérifier le bien fondé d’un savoir faire. Mais elle ne permet pas de ré-inventer l’équitation. »

Question à Baucher:
Mais quelle qualité faut-il pour être reconnu  comme un maître?
Réponse de Baucher
« L’appréciation exacte des forces »

Jean D’Orgeix:
« Léquitation est une chose simple, elle nécessite de l’intelligence, de la psychologie, de la volonté servie par assez de sentiments et de talents. Mais que ces qualités soient contrôlées par la logique et ce solide bon sens qui seul permet d’aller à l’essentiel. »

Saint Exupery:
« L’essentiel c’est la recherche de l’essentiel ».
« La perfection ce n’est pas quand il n’y a plus rien  à ajouter, mais quand il il n’y a plus rien à retirer. »

A propos des selles et de la mise en sentiment du cavalier

La pratique systématisée du trot enlevé et la monte moderne post caprillienne impose le raccourcissement des étrivières et fait que le haut de jambe n’agit plus sur les mêmes côtes donc sur les mêmes vertèbres.

Pour réussir dans une équitation d’école donnée il faut impérativement utiliser les outils de l’époque de cette école. l’étude d’une école sans l’utilisation de ses propres outils est faussée.

Utiliser les outils d’une école donnée pour en pratiquer une autre vous égare. Que n’entendons nous pas « ho! ma selle est un fauteuil » Un fauteuil pour sourd écoutant un concert avec des boules » kiesse » dans les oreilles!

L’épaisseur des matelassures et rembourrages éloigne le cavalier de son cheval, plus il est perché haut plus il peut déséquilibrer son cheval, moins il le sent, plus les aides s’accentuent. Plus il est près de son cheval plus il sent et plus son cheval le ressent, plus les aides sont discrètes.

Cela fut déjà très clairement dénoncé par Pierre Chambry dans « Allures et sentiments » en 1990 aux éditions Maloine. Les selles fines participent au développement de la mise en sentiment du cavalier.

PROPOS SUR LA SELLE ET L’ÉCOLE FRANÇAISE

Il est intéressant d’explorer les données scientifiques de Dominique Ollivier sur l’empilage des masses cavaliers-cheval et leur synchronisation, qui va de pair avec l’alignement de la poussée des masses passant par le centre de gravité et la prise en compte de la coordination motrice héréditaire (à diagonalisation dominante).

On comprend mieux l’école française avant l’application du trot enlevé (raccourcissement des étrivières). Le trot enlevé modifia entre autre, gravement l’action des jambes sur les côtes et les vertèbres.

La selle rase à la française, conçue pour le travail en assiette profonde optimise la diagonalisation mobile de l’assiette (bas du rein soutenu jamais bloqué), auto grandissement, jamais rentrer l’abdomen, ainsi qu’un meilleur placement de la jambe à la sangle (talon à l’aplomb du genoux). Il suffit de monter un cheval à cru pour s’en rendre compte et sentir; ou bien de prendre une descente avec un cheval sellé. Faites l’expérience.

Une selle au troussequin relevé avec des taquets vous bloque complètement. Ajouter à cela l’épaisseur matelassure- rembourrage, ce qui équivaut…… à écouter un concert avec des boules de coton dans les oreilles.

Avec ce type de selle contemporaine la proprioceptivité du cavalier ne reçoit que des informations partielles. Si une désynchronisation des masses du cavalier-cheval surgit elle risque de perdurer. Dans ce cas , le cavalier n’a plus que mains et pieds pour s’en sortir et le cheval subit, ou pire des actions buste-assiette intenses.

La monte en selle contemporaine, (arçon à nez coupé troussequin relevé, taquet systématiques) la réciprocité proprioceptive dans le couple est quasi impossible . L’optimisation des échanges dans la communication corporelle des deux êtres est altérée. Impossibilité d’objectiver une “équitation participative” et une “collaboration volontaire” du cheval. La conception équestre du cavalier reste enfermée dans l’unique concept de “soumission », à tout prix par les aides mains jambes. Ce qui évidemment facilite la suprématie d’une pensée unique dans certains milieux équestres.

Certaines données scientifiques éclairent un regard nouveau sur les anciennes écoles. Depuis plusieurs années je revisite cette école française travaillant en inclusant un nouveau concept « L’appropriation de la coordination motrice héréditaire du cheval » ce qui implique avant tout l’adaptation de l’homme au cheval et non l’inverse. Toutes les grandes révolutions équestres respectent cet élément fondamental prioritaire. ainsi que tous les grands maîtres avant et après Baucher, Caprilli surtout, et même Pat Parelli. Monter avec les selles contemporaines d’un type “orthopédique” équivaut à faire l’amour en chambre à part.

Nota : personne ne peut monter correctement avec une selle rase à la française si il n’a pas reçu l’instruction préalable. Le traité d’équitation raisonné d’Aubert est très clair sur le sujet : EN ÉCOLE FRANÇAISE TOUT PASSE PAR LE PERFECTIONNEMENT DE LA MISE EN SELLE.

DEFINITION DE L’EFFET D’ENSEMBLE

Effet d’ensemble : Procédé bauchériste par lequel la main de bride se rapproche insensiblement du corps, les jambes se ferment « rapidement » mais progressivement jusqu’à un appui franc, continu et énergique des deux éperons au niveau des sangles.

Numen dans l’effet d’ensemble

L’effet d’ensemble est tout sauf brutal.

Le cavalier n’aura pas de mal à comprendre qu’il est impossible d’obtenir la décontraction de la mâchoire par la brutalité. Or, il se trouve que c’est le premier objectif de l’effet d’ensemble. Toute brutalité est donc exclue.

Baucher insiste sur l’aspect correctif de l’effet d’ensemble qui doit précéder et suivre chaque exercice, « dans la limite graduée qui lui est assignée ».
Il l’utilise pour arrêter un mouvement, immobiliser le cheval, « concentrer les forces au centre » au cas où elles se disperseraient, arrêter de piaffer, etc.

Le général Faverot de kerbrech insiste lui sur l’aspect répressif de l’effet d’ensemble sur un cheval qui résiste ou se défend. Le résulta est le même que précédemment . Sur un effet d’ensemble, le cheval abandonne toute velléité de se défendre et conserve l’allure à laquelle il marchait. Le cavalier est maître de l’animal qui s’aperçoit vite qu’il lui est impossible de résister.

Il est un point important sur lequel le cavalier doit porter toute son attention, c’est de savoir à quel moment se demande l’effet d’ensemble.
On doit appliquer l’effet d’ensemble à chaque fois que la ligne du dessus se contracte ou va se contracter. Si le cheval se révolte, il arme son dos. Si le cheval se déconcentre, le dos s’effondre.
Dans les deux cas, le dos se creuse, c’est le moment d’appliquer l’effet d’ensemble. Alors la ligne du dessous se contracte. Autrement dit, elle se raccourcit, ce qui a pour effet d’étirer la ligne du dessus, sollicitée à l’allongement. L’attraction de la pointe des épaules vers l’arrière provoque la contraction des mastoïdo-huméraux ainsi que celle des muscles hyoÏdiens. Le cheval ouvre la bouche et lâche son mors. Dans le même temps, l’encolure se décontracte. Le cheval se ramène.
Définition de l’effet d’ensemble extrait du « Dictionnaire d’équitation » de Dominique Ollivier.

Autre définition du « Dictionnaire du cheval et du cavalier » de Cassart /Moirant : « Effet d’ensemble obtenu par l’action conjuguée mais non simultanée des mains et des jambes; il a pour but de ramener le cheval dans l’état d’équilibre, c’est « l’immobilité momentanée ».

Effet d’ensemble, expression bauchériste définie par le général Faverot de Kerbrech: « Emprisonner son élève quand il est nécessaire entre le mors et les éperons, de façon à étouffer dans son germe toute tentative de défense : en rapprochant du corps le mors de bride et en fermant les jambes rapidement et progressivement jusqu’à un appui franc, continu et énergique des deux éperons. »
Notes sur cette définition de Michel Henriquet et Alain Prévost, extrait de « L’équitation, un art, une passion »: « Ce moyen provoque certainement une révulsion nerveuse qui pelotonne le cheval. Sur un animal violent et fort, les conséquences peuvent être moins harmonieuses que prévues ! Là encore de sages assouplissements dans le mouvement en avant, présentent plus de garanties pour guérir radicalement la rétivité la plus dangereuse dont parle Faverot de Kerbrech. »

Cette conception de l’effet d’ensemble est une forme simpliste et primitive du rassembler tel qu’il était préparé jusqu’en 1830 par les écuyers issus du manège de Versailles. Ceux-ci décrivaient leur action avec toute la subtilité de leur art.

On peut comparer : « Il faut, en le resserrant délicatement du gras de la jambe, mettre les épaules un peu en arrière et tenir la bride de plus en plus ferme…. Comme par cette aide on lui ramène et on lui soutient le devant, on l’oblige par conséquent de baisser les hanches, qui est ce qu’on demande ». La Guérinière