[Portrait] Capitaine Jacques de SAINT PHALLE (1867-1908)

Extrait de « les maîtres de l’œuvre équestre » d’André Monteilhet.

Capitaine Jacques de Saint-Phalle (1867-1908), mort prématurément n’a pas eu le temps de donner sa pleine mesure, alors qu’il s’annonçait comme un maître de premier rang.

Élève du Commandant de Piolant, écuyer en chef, successeur du Commandant de Bellegarde, dont il conservait un enseignement équilibré entre équitation académique et équitation sportive.

Saint-Phalle à Saint-Cyrien, officier instructeur à Saumur, dressa une jument de pur-sang difficile , Mlle d’étiolles au galop sur trois jambes et autres airs de fantaisie, des notes de ce dressage il rédigea en 1899 : « Dressage et emploi du cheval de selle ».

En 1902 il est vainqueur du premier championnat de France du cheval d’armes avec sa jument de pur-sang Marseille II.

Devenu écuyer du cadre noir sous les ordres du Commandant de Montjou, écuyer en chef, qui lui même reçut les conseils du Général L’Hotte.

Saint-Phalle gagne un pari en 1909 contre James Fillis : Dresser des chevaux au galop sur trois jambes, en arrière et au changement de pied au galop en arrière. L’attestation fut signée par des observateurs compétents, Général de Bellegarde, les écuyers de Maistre, de la Brosse et Lafont. La fatigue de ses dressages aurait entraîné une infirmité temporaire et une double pneumonie, causant sa mort le 18 octobre 1908.

En 1907 il rédige « Équitation », et « Souvenirs cavaliers ».

Propos du Comtes Jacques de Saint-Phalle en 1996 au sujet du Capitaine Marquis Jacques de Saint-Phalle : « Il a laissé des ouvrages précieux qui, par leur originalité, leur qualité pédagogique, leur style clair et vivant -où la technique respecte le psychologie des chevaux-, en font pour ceux qui aiment le cheval une oeuvre dont les volumes méritent d’être dans toute bibliothèque équestre ».

Que retenir des écrits de Saint-Phalle :

  • Son scepticisme sur les facultés psychiques insuffisantes du cheval à pouvoir entrer en communication avec les nôtres et nous comprendre. « C’est donc en agissant sur l’être physique, autrement dit en disposant, en équilibrant la masse suivant certaines lois, que nous pouvons donner au mouvement la forme qui nous convient…. les mouvements peuvent devenir réflexes… et l’équilibre préparatoire amène seul le mouvement à se produire comme nous voulons. »
  • De la légèreté vraie : « La légèreté vraie, consiste dans la délicatesse avec laquelle le cheval soumis et tendant sans cesse au mouvement en avant prend contact avec la main pour lui demander en quelque sorte, la permission de passer. »

EXTRAIT de « Souvenirs équestres » du Général Wattel :

Le témoignage du général Wattel sur Saint-Phalle :
« Pendant mes cinquante années de service militaire et d’activité équestre, j’ai vu et observé un très grand nombre de cavaliers…..Si j’ai vu beaucoup de bons exécutants et certains écuyers marquants, je n’ai pas vu d’écuyer exceptionnel comparable, d’après l’idée que je me suis fait, à ces géants équestres dont la renommée a subsisté, comme par exemple : Baucher, le général L’Hotte, le Comte d’Aure. Pourquoi? Est-ce dû à un déclin de l’art de l’équitation ou bien la renommée des anciens était elle surfaite, enflée par l’admiration de leurs supporteurs. »

Quand Wattel arriva comme sous écuyer à l’école de cavalerie, Saint-Phalle y était déjà Capitaine, dans son livre il attaquait assez vivement Baucher.

Wattel écrit sur Saint-Phalle : « Il montait court, il avait les jambes remarquablement fixées, le buste droit, bien d’aplomb avait tendance à venir en avant. C’était un travailleur acharné. Il montait ses deux chevaux par jours. Le cavalier de manège qui les lui amenait, apportait en même temps une paires d’éperons, parce que chaque cheval était justiciable d’éperons plus ou moins sévères. Il aimait s’isoler, recherchait les manèges vides. Il n’était ni patient ni tendre avec ses chevaux et on voyait souvent sortir du manège un cheval dont il descendait ruisselant de sueur. Dès qu’il était à cheval il enfermait son cheval entre les jambes et la main et l’y maintenait pendant toute la séance. Il était intransigeant, ne rusait, ne finassait jamais.

Ses chevaux était remarquablement vibrants, avaient du tride, étaient parfaitement placés, l’encolure haute, la tête ramenée, le passage qu’il obtenait était très élevé et puissant. En dehors du passage, je l’ai vu esquisser d’autres difficultés équestres avec Iran, un début de galop en arrière. Suite à sa controverse avec Fillis suivie d’une visite de celui-ci, il avait pensé qu’en moins de six mois il obtiendrait le changement de pied au galop en arrière. Ça me semble une gageure difficile car le galop en arrière est une succession de sauts inélégants en arrière et il est délicat d’apprécier sur quel pied le cheval galope.

De Saint-Phalle a surtout à ma connaissance travaillé deux chevaux. « IRAN » pur-sang arabe gris très chaud, très impressionnable qui portait au vent, il l’a très rapidement enfermé entre ses aides inférieures et supérieures, sous lui il avait l’air docile. Il montait aussi une grande jument noire qu’il avait mâtée parce qu’elle avait du caractère. malheureusement elle pissait et quand il travaillait un peu serré dans un manège, il n’était plus nécessaire d’arroser. Il avait commencé avec elle le galop sur trois jambes, la jument faisait des jambettes impeccables.

J’ai rarement vu Saint-Phalle laisser ses chevaux se détendre. Il n’était pas patient. Je l’ai vu pendant la reprise sacro sainte des écuyers du mardi, quitter sa place pour aller dans un coin donner une correction sévère à son cheval qui avait profité de la reprise pour en prendre à son aise. Il était le seul à pouvoir se permettre pareille infraction aux usages établis. S’il était remarquable au manège il l’était moins en ce qui concerne le saut d’obstacle. De toute évidence ça ne l’intéressait pas. Le mercredi après la reprise des écuyers, ceux-ci exécutaient un saut de barre. Le Capitaine de Saint-Phalle montait une jument 1/2 sang « Régalia » et ni lui ni la jument n’était parmi les meilleurs.

Après son départ de l’école, j’ai voulu monter les chevaux qu’il avait dressé. J’avoue que je n’ai pas su m’en servir, ni moi, ni d’autres écuyers d’ailleurs. Sa vieille « Marseille » ne voulait plus rien savoir, elle pensait avoir droit à sa retraite et refusait de rééditer les excentricités qu’on lui avait apprises. « Iran » le pur-sang arabe qui avait été la réussite la plus spectaculaire du capitaine de Saint-Phalle était encore difficile et l’écuyer très adroit, qui l’avait mis à son rang mit assez longtemps avant de s’entendre avec lui. La jument noire resta pisseuse et quand on insistait, elle donnait une jambette restait dans cette position en esquissant une tentative de galop sur trois jambes, c’était une façon de se défendre.

Il est certains que ces deux chevaux ne démontraient pas l’efficacité des méthodes et des procédés de dressage préconisés par Saint-Phalle. Comme c’était un charmant camarade, j’ai essayé de le faire parler, de lui demander des conseils, j’avoue que j’ai été déçu, il restait dans le vague. Il devait se dire que tout jeune écuyer je n’avais pas assez de maturité équestre pour le comprendre. C’était tout de même un grand écuyer. Si il avait vécu il aurait certainement fait honneur à sa réputation. Il aurait probablement modifié le traité d’équitation qu’il avait publié. C’est difficile d’écrire sur l’équitation. »

[Portrait] Jean Rousselet (1783-1858)

Ecuyer élève d’Antoine Coupé à Versailles de 1802 à 1804, ancien officier de la grande armée (cinq coups de sabre et deux coups de feu, rescapé de la campagne de Russie, fut élevé au grade de Commandant). Bien qu’ayant sabré d’un bout à l’autre de l’Europe, il était aussi doux avec ses chevaux que bienveillant avec ses élèves. Auteur de notes manuscrites toujours inédites, mais dont profita le général L’Hotte.

Ici représenté par une aquarelle du colonel Margot.

Ecuyer civil à Saumur de 1838 à 1849. Très estimé par tous, cavaliers, officiers, écuyers et écuyers en chef, il prit sa retraite après 35 ans de professorat sous les écuyers en chef : Cordier, Renaux, Champet, de Novital et du Comte d’Aure.

Jean Rousselet , très savant, personnifiait l’école française par sa douceur, son tact, la pureté de ses exécutions toujours dégagées de tout effet de force et de contrainte.

« Il faut faire aimer l’obéissance au cheval. »
« La nature n’a pas fait le cheval pour toujours tourner et aller de travers, mais bien pour marcher surtout droit devant lui ; il faut tenir davantage et longtemps votre cheval sur la ligne droite » (conseil de Rousselet à l’Hotte)

Embouchant parfois ses chevaux avec son célèbre cordon de soie ; il les charmait et les conduisait sans une once de force. « Le tact est un sentiment sublime, auquel l’expérience et la réflexion prêtent leur concours. Il ne peut-être le fruit d’habitudes routinières; »

« Ce n’est pas en étreignant le cheval qu’on le domine le mieux, c’est par des actions douces, opportunes, qu’on l’amène à l’obéissance, tout en prévenant la défense; »

Travaillant sur des rênes à peine tendues, il utilisait vraiment les forces instinctives du cheval, on comprend dès lors qu’il fut allergique au Bauchérisme, surtout après son essai décevant sur «Capitaine », le cheval de Baucher (première manière).

Nuno Oliveira Ie 23.III.l964.

Extrait de Nuno Oliveira Ie 23.III.l964.

Je me contente de la recherche perpétuelle de la légèreté. Comme vous dites…, la seule Équitation qui compte, qui est digne de ce nom, c’est l’équitation Française, c’est l’héritage des La Guérinière, d’Abzac, Baucher.

« C’est la légèreté qui donne à la fois à la Haute Équitation son véritable cachet et à l’écuyer qui la pratique le vrai caractère de son talent »

L’Hotte

L’impuIsion, la vraie impulsion n’existe pas avec les rênes qui tirent sur la bouche du cheval. Elle est possible seulement avec la simple pesanteur des rênes.

Ces gens modernes, ces cavaliers en série oublient que la Haute Équitation c’est un art plein de beauté. On ne possède le beau sans donner au cheval « tout le brillant que comporte son ensemble » (Beudant). Or le brillant est le résultat de la légèreté impulsionnée.

Le cavalier moderne ferme les deux portes, celle de l’arrière-main et celle de l’avant-main. Le cheval se sent triste et même il n’ose pas regarder par la fenêtre (le relèvement de l’avant-main). Il est prisonnier.